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Je publie régulièrement des articles sur les sujets qui m’animent et nourrissent ma pratique : intelligence émotionnelle, travail, management, santé mentale, inclusion, évolutions sociales…
Vous trouverez également sur cette page des études, publications, outils et supports sélectionnés pour leur intérêt, afin de vous offrir des ressources complémentaires pour approfondir ces thématiques.
N’hésitez pas à lire, partager et échanger avec moi. Et si un sujet nous rassemble, pourquoi ne pas envisager une écriture à deux voix ?
Monoparentalité : l’angle mort de l’entreprise ?
Une réunion fixée à 18 heures. Un enfant malade à récupérer à l’école. Une formation organisée loin du domicile. Un planning modifié au dernier moment. Une journée de télétravail refusée. Des vacances scolaires qu’il faut réussir à couvrir.
Pour beaucoup de salariés, ces situations nécessitent de s’organiser.
Pour un parent qui élève seul ses enfants, elles peuvent devenir un véritable casse-tête.
Car derrière le mot « monoparentalité » se cache une réalité très concrète : lorsqu’il n’y a pas, ou peu, de relais, chaque imprévu familial peut avoir une répercussion professionnelle.
Pourtant, alors que les entreprises parlent de QVCT, d’égalité femmes-hommes, d’inclusion, de santé au travail ou encore de marque employeur, la monoparentalité reste encore relativement peu visible dans les politiques RH.
Est-elle encore considérée comme une affaire strictement privée ?
Et surtout : que produit la monoparentalité dans la vie professionnelle de celles et ceux qui la vivent ?
La monoparentalité n’est plus un phénomène marginal
Les chiffres suffisent à mesurer l’ampleur du sujet.
Les familles monoparentales représentent aujourd’hui une part importante des familles françaises et sont très majoritairement constituées d’une mère avec ses enfants.
Cette réalité est essentielle lorsqu’on s’intéresse au travail.
Car derrière les statistiques familiales apparaissent rapidement des différences en matière d’accès à l’emploi, de temps de travail, de niveau de vie et de capacité à articuler responsabilités familiales et professionnelles.
Les données territoriales de l’Insee montrent par exemple que les adultes vivant à la tête d’une famille monoparentale sont moins souvent en emploi que les adultes vivant en couple avec des enfants. Dans une étude récente en Auvergne-Rhône-Alpes, 77 % des adultes de familles monoparentales sont en emploi, contre 85 % des adultes vivant en couple avec enfants. Chez les femmes à la tête d’une famille monoparentale, l’emploi à temps partiel est également plus fréquent.
Ces données territoriales ne peuvent pas être extrapolées mécaniquement à toute la France. Mais elles illustrent un phénomène documenté depuis longtemps : l’emploi est central pour les familles monoparentales, alors même que l’organisation familiale peut rendre son exercice plus complexe.
Travailler quand il n’existe pas de « plan B »
C’est probablement ici que se situe la principale différence.
Dans un couple parental, même lorsque la répartition des responsabilités est loin d’être égalitaire, il existe potentiellement une deuxième personne pour récupérer un enfant, rester à la maison lorsqu’il est malade ou modifier son emploi du temps.
Dans une famille monoparentale, cette possibilité peut être fortement réduite, voire inexistante.
Il faut alors construire en permanence son propre système de relais : grands-parents, famille, amis, voisins, garde rémunérée...
Et lorsqu’aucune solution n’est disponible, le conflit entre temps familial et temps professionnel devient immédiat.
L’ancienne étude nationale de référence de la DREES sur les conditions de vie des familles monoparentales identifiait déjà les difficultés particulières de garde des jeunes enfants et, plus largement, de conciliation entre vie familiale et professionnelle.
Près de vingt ans plus tard, la question de l'articulation entre parentalité et emploi reste profondément marquée par le genre. Une étude de la DREES publiée en 2024 montre que, lorsque les situations professionnelles des deux parents diffèrent au sein d'un couple ayant de jeunes enfants, c'est dans l'immense majorité des cas la mère qui est la plus éloignée de l'emploi.
Pour les mères qui élèvent seules leurs enfants, il n'y a précisément plus de deuxième parent au domicile avec lequel répartir cette organisation quotidienne.
Le temps devient une ressource rare
La première conséquence professionnelle de la monoparentalité est probablement celle que les statistiques mesurent le moins facilement : la contrainte temporelle.
Pour un parent solo, travailler ne signifie pas seulement effectuer ses heures de travail.
Il faut aussi réussir à faire coïncider les horaires de l'entreprise avec ceux de l'école, de la crèche, de la garderie, des transports, des activités et des professionnels qui accompagnent éventuellement l'enfant.
À cela s'ajoutent les rendez-vous médicaux, les réunions scolaires, les maladies, les grèves, les journées pédagogiques et les vacances.
Dans ce contexte, certaines pratiques professionnelles apparemment neutres prennent une autre dimension.
Le paradoxe de la disponibilité
Nos organisations professionnelles continuent parfois à associer implicitement disponibilité et engagement.
Pour un parent solo, refuser l'une de ces propositions ne signifie pourtant pas nécessairement manquer d'ambition ou d'engagement.
Cela peut simplement signifier : je n'ai personne pour récupérer mon enfant.
C'est ici que la monoparentalité peut avoir des effets beaucoup moins visibles sur les parcours professionnels.
Non pas nécessairement par discrimination volontaire, mais par accumulation de petites contraintes.
Privilégier un emploi ou un temps de travail permettant de conserver une organisation familiale compatible.
Le risque est alors que la contrainte familiale finisse par être interprétée comme une moindre disponibilité professionnelle.
Et derrière la disponibilité se joue aussi la carrière
Cette question mérite d'autant plus d'attention qu'elle rejoint celle, plus large, des inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes.
En France, en 2024, 26,8 % des femmes en emploi travaillent à temps partiel, contre 8,7 % des hommes, soit environ trois fois plus.
La DREES montre parallèlement que l'articulation entre vie familiale et vie professionnelle continue de reposer très majoritairement sur les mères lorsque de jeunes enfants sont présents.
Or la monoparentalité est elle-même très féminisée.
Elle se situe donc à la croisée de plusieurs mécanismes susceptibles d'affecter les trajectoires professionnelles : disponibilité temporelle, temps partiel, interruptions d'activité, accès aux responsabilités, mobilité ou encore possibilités de formation.
Le ministère du Travail identifie d'ailleurs explicitement le sujet.
Parmi ses ressources destinées aux entreprises figure un guide consacré aux « femmes et monoparentalité », conçu par la fédération nationale des CIDFF pour aider notamment les TPE et PME à favoriser l'insertion professionnelle et le maintien dans l'emploi des salariés en situation de monoparentalité.
Une pression financière qui change aussi le rapport au travail
À la contrainte temporelle s'ajoute une deuxième pression : celle du revenu.
Les dernières données disponibles de l'Insee sont particulièrement éclairantes.
En 2024, 34 % des personnes vivant dans une famille monoparentale sont sous le seuil de pauvreté, contre 15,4 % pour l'ensemble de la population étudiée.
Le taux est donc plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale.
La situation s'était fortement dégradée en 2023 : l'Insee avait alors notamment relevé, chez certaines familles monoparentales, des périodes d'emploi plus courtes dans l'année et des temps partiels de quotité plus faible.
Début 2024, 39 % des personnes vivant dans une famille monoparentale appartenaient à un ménage déclarant avoir des difficultés à finir le mois.
Voilà qui crée un paradoxe.
Le parent solo peut avoir particulièrement besoin de travailler et de sécuriser son parcours professionnel, tout en étant simultanément confronté à des contraintes familiales qui limitent sa disponibilité.
Quand les difficultés personnelles entrent malgré tout dans l'entreprise
La frontière entre vie professionnelle et vie personnelle existe.
Mais elle n'est jamais totalement étanche.
La question devient alors aussi celle de la charge mentale.
Il faut travailler tout en anticipant la sortie de l'école, le prochain rendez-vous, les vacances, la garde du mercredi ou la solution de secours en cas d'imprévu.
Cette situation ne signifie évidemment pas que tous les parents solos rencontrent des difficultés professionnelles, ni qu'ils doivent être considérés comme des salariés « fragiles ».
Ce serait précisément tomber dans un autre stéréotype.
La question intéressante pour l'entreprise est ailleurs : l'organisation du travail ajoute-t-elle des contraintes évitables à une situation qui en comporte déjà beaucoup ?
Le manager, en première ligne
Dans les faits, une grande partie de la réponse se joue probablement au niveau du management quotidien.
Face à un salarié annonçant qu'il doit partir récupérer son enfant, deux réactions sont possibles.
Considérer que « cela arrive encore », ou chercher comment le travail peut être réorganisé sans mettre en difficulté ni le salarié ni le collectif.
Ce sont parfois des détails.
Mais derrière ces détails se joue quelque chose d'important : la possibilité pour le salarié de parler de ses contraintes sans craindre d'être considéré comme moins engagé.
Un sujet de QVCT et de prévention des risques professionnels
C'est aussi sous cet angle que la monoparentalité peut intéresser les politiques de QVCT.
L'entreprise n'a pas à régler la vie familiale de ses salariés, en revanche, elle peut agir sur ce qui relève de sa responsabilité : l'organisation et les conditions de travail.
Autrement dit, la bonne question n'est peut-être pas : « Que devons-nous faire pour les parents solos ? »
Mais plutôt : « Certaines de nos façons de travailler rendent-elles inutilement leur quotidien plus difficile ? »
La nuance est importante.
Elle évite de stigmatiser les salariés concernés et replace le sujet là où l'entreprise possède réellement des leviers d'action : dans le travail.
Et si l'on commençait simplement par mesurer ?
La plupart des DRH peuvent-ils répondre à cette question ? Probablement pas toujours.
Et cela pose un autre enjeu : comment mieux connaître cette réalité tout en respectant la vie privée des salariés ?
Une enquête QVCT anonyme, un baromètre interne ou des espaces de dialogue peuvent permettre de faire émerger les difficultés sans demander aux collaborateurs d'exposer leur situation personnelle.
Quelques questions peuvent déjà être révélatrices :
Derrière la monoparentalité, une question beaucoup plus large
Finalement, la monoparentalité agit presque comme un révélateur car elle oblige à regarder ce que nos organisations considèrent encore, parfois inconsciemment, comme le salarié « idéal ».
Et dont la vie personnelle possède suffisamment de souplesse pour absorber les contraintes professionnelles.
Mais ce salarié existe-t-il vraiment ?
La monoparentalité n'est donc pas seulement un sujet de politique familiale.
C'est aussi un sujet de travail.
Alors peut-être faudrait-il commencer par une question très simple :dans votre entreprise, savez-vous réellement ce que travailler signifie lorsque l'on élève seul ses enfants ?
Sources
INSEE, Niveau de vie et pauvreté en 2024, Insee Première n°2117, juillet 2026.
INSEE, L'essentiel sur… la pauvreté, données 2024, actualisation 2026.
INSEE, Niveau de vie et pauvreté en 2023, Insee Première n°2063.
INSEE, Privation matérielle et sociale en 2024, Insee Focus n°353.
INSEE, Une photographie du marché du travail en 2024, Insee Première n°2044.
DREES, L'articulation entre vies familiale et professionnelle repose toujours fortement sur les mères, Études et Résultats n°1298, mars 2024.
DREES, Les familles monoparentales et leurs conditions de vie, Études et Résultats.
Ministère du Travail et des Solidarités, ressources « Égalité et mixité professionnelles » et guide Femmes et monoparentalité, le choix de l'emploi.
Informations et ressources
Podcast
Qu'est-ce que l'intelligence émotionnelle ? Comment la développer au quotidien ? - France Inter - Le Mag de la vie quotidienne d'Ali Rebeih - 25.11.2025
Avec : Christophe Haag, chercheur en psychologie sociale et Ilios Kotsou, philosophe, Chercheur en psychologie des émotions à l’Université libre de Bruxelles


