Trahison, choix et intelligence émotionnelle : comprendre pour reconstruire dans le couple, la famille, l’amitié et au travail
La trahison traverse toutes les sphères relationnelles.
Dans le couple, elle peut prendre la forme d’une infidélité ou d’un mensonge.
En amitié, d’un secret révélé ou d’un soutien absent.
En famille, d’un favoritisme ou d’une loyauté rompue.
Au travail, d’une promesse non tenue, d’une information dissimulée ou d’une décision perçue comme injuste.
Dans tous les cas, la blessure repose sur un élément central : la perception d’un choix.
Pourquoi la trahison est-elle si douloureuse ?
Les recherches en neurosciences sociales montrent que l’exclusion ou la rupture relationnelle activent des régions cérébrales impliquées dans la douleur physique, notamment le cortex cingulaire antérieur dorsal et l’insula antérieure (Eisenberger et al., 2003).
La trahison est donc vécue comme une menace réelle pour notre sécurité.
Les travaux de Bowlby (1969) sur l’attachement rappellent que le besoin de sécurité relationnelle est fondamental. Que ce soit dans la famille, le couple ou une équipe, la confiance crée un socle psychologique stable.
Lorsque ce socle se fissure :
– insécurité
– colère
– honte
– hypervigilance
– retrait relationnel
peuvent s’installer durablement.
Trahison et intelligence émotionnelle
Selon Mayer et Salovey (1997), l’intelligence émotionnelle repose sur quatre compétences :
– identifier ses émotions
– comprendre leur origine
– les réguler
– les exprimer de manière adaptée
Dans les relations familiales, amicales ou professionnelles, les trahisons sont souvent précédées de :
– besoins non exprimés
– frustrations accumulées
– peurs non verbalisées
– évitement du conflit
Lorsque la régulation émotionnelle est insuffisante, l’émotion peut guider la décision.
Les travaux de Gross (1998 ; 2015) montrent que la régulation émotionnelle influence directement la qualité des comportements relationnels.
La trahison devient alors un choix effectué sous pression émotionnelle.
Dimension familiale et amicale : loyautés invisibles
Dans la famille, les loyautés implicites jouent un rôle majeur. Une rupture de loyauté peut réactiver des blessures anciennes, liées à l’attachement ou à la reconnaissance.
En amitié, la trahison touche au sentiment d’appartenance et de confiance réciproque. Elle peut générer une perte durable de sécurité affective.
Dans ces contextes, la différenciation émotionnelle ou la capacité à distinguer précisément ce que l’on ressent, favorise la régulation et la reconstruction (Kashdan et al., 2015).
Dimension professionnelle : QVCT, RPS et sécurité psychologique
Au travail, la trahison peut prendre la forme de :
– promesses non suivies d’effets
– incohérences managériales
– absence de reconnaissance
– discriminations ou micro-agressions
Ces situations augmentent les risques psychosociaux (RPS) :
– stress chronique
– désengagement
– conflits
– épuisement professionnel
La qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) repose notamment sur la confiance et la justice organisationnelle.
La sécurité psychologique, concept développé par Edmondson (2018), constitue un levier majeur pour prévenir ces ruptures relationnelles.
Reconstruction : restaurer la sécurité et le choix
La reconstruction relationnelle, qu’elle soit conjugale, familiale, amicale ou professionnelle, repose sur :
Reprendre un pouvoir de décision personnel est central. La trahison est le choix de l’un. La reconstruction devient le choix de chacun.
Conclusion
La trahison révèle souvent une immaturité émotionnelle, un déficit de communication ou une insécurité relationnelle.
Développer l’intelligence émotionnelle permet :
– de prévenir les ruptures
– de renforcer la santé mentale
– d’améliorer la QVCT
– de soutenir des relations plus stables, inclusives et responsables
La maturité émotionnelle n’empêche pas les conflits. Elle réduit la probabilité qu’ils deviennent destructeurs.
Sources :
Bowlby, J. (1969). Attachment and Loss.
Eisenberger, N. I., Lieberman, M. D., Williams, K. D. (2003). Does rejection hurt? Science, 302(5643), 290–292.
Gross, J. J. (1998). The emerging field of emotion regulation. Review of General Psychology.
Gross, J. J. (2015). Emotion regulation: Current status and future prospects. Psychological Inquiry.
Kashdan, T. B., Barrett, L. F., McKnight, P. E. (2015). Unpacking emotion differentiation. Current Directions in Psychological Science.
Mayer, J. D., Salovey, P. (1997). Emotional intelligence theory.
Edmondson, A. (2018). The Fearless Organization.
Qu'est-ce que l'intelligence émotionnelle ? Comment la développer au quotidien ? - France Inter - Le Mag de la vie quotidienne d'Ali Rebeih - 25.11.2025
Avec : Christophe Haag, chercheur en psychologie sociale et Ilios Kotsou, philosophe, Chercheur en psychologie des émotions à l’Université libre de Bruxelles