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Intelligence artificielle : et si le véritable enjeu était surtout humain ?

L’intelligence artificielle s’installe à grande vitesse dans nos vies professionnelles. Recherche d’informations, rédaction, synthèse, analyse, préparation de réunions, aide à la décision… En quelques mois, elle est devenue pour beaucoup un nouvel assistant du quotidien.

Avec, à la clé, des gains de temps parfois considérables.

Mais à mesure que les usages se développent, deux questions deviennent incontournables : que confions-nous réellement à ces outils ? Et quelles compétences devons-nous continuer à développer chez l’humain ?

Une IA pour chaque niveau de confidentialité ?

L’utilisation quotidienne de l’IA peut rapidement devenir un réflexe. Une question, un document, un compte rendu, quelques secondes suffisent pour obtenir une analyse ou une proposition.

Cette facilité ne doit pourtant pas faire oublier la nature des informations transmises.

Retravailler un texte destiné à être publié n’a rien à voir avec l’analyse d’un document stratégique interne, d’un dossier RH ou d’informations permettant d’identifier une personne.

Une bonne pratique consiste donc à ne plus choisir son IA uniquement en fonction de ses performances, mais aussi en fonction de l’usage et de la sensibilité des données.

C’est l’approche que j’ai progressivement adoptée dans mon activité.

Pour les contenus non sensibles, recherche, brainstorming, reformulation ou structuration, j’utilise notamment ChatGPT ou Claude.

Pour certains contenus professionnels confidentiels, je privilégie des solutions européennes, comme Mistral AI ou Euria, en vérifiant les conditions de traitement et d’hébergement correspondant à l’usage envisagé.

Enfin, pour des informations personnelles ou particulièrement sensibles, j’expérimente également une IA installée directement sur mon ordinateur, avec Mistral via Ollama. Le traitement peut ainsi rester local, selon la configuration utilisée.

La question n’est donc plus seulement : « Quelle est la meilleure IA ? »

Elle devient : « Quel outil puis-je utiliser pour cette donnée et pour cet usage ? »

Le risque d’une IA qui pense à notre place

Un second enjeu se dessine derrière la révolution technologique.

À force de demander à l’IA de rédiger, synthétiser, analyser, proposer des réponses ou préparer des décisions, jusqu’où souhaitons-nous lui déléguer une partie de notre réflexion ?

L’IA peut être un formidable assistant, mais elle ne devrait pas devenir le pilote.

Car gagner du temps n’a de sens que si le temps gagné nous permet aussi de mieux exercer notre discernement, de prendre du recul et de rester responsables de nos décisions.

Cette question devient particulièrement importante dans les métiers où la relation humaine occupe une place centrale : management, ressources humaines, santé, accompagnement, éducation, insertion, conseil…

Plus l’IA progresse, plus les compétences humaines comptent

C’est peut-être l’un des paradoxes de la transformation actuelle.

Alors que les capacités des intelligences artificielles progressent, certaines compétences profondément humaines deviennent encore plus importantes.

Comprendre ce que l’on ressent. Identifier ce qui se joue dans une relation. Réguler une réaction avant qu’elle ne devienne conflictuelle. Écouter. Faire preuve d’empathie. Coopérer. Traverser une période d’incertitude. Accompagner un changement. Prendre une décision lorsqu’il n’existe pas de réponse parfaitement rationnelle.

Autrement dit : nos compétences émotionnelles et relationnelles.

Former à l’IA… mais pas seulement

De nombreuses organisations réfléchissent aujourd’hui à leurs usages de l’intelligence artificielle : quels outils choisir ? Comment former les salariés ? Quels gains de productivité attendre ? Comment sécuriser les données ?

Ces questions sont indispensables, mais elles pourraient utilement être accompagnées d’une autre : quelles compétences humaines voulons-nous renforcer dans une organisation où l’IA prendra de plus en plus de place ?

Former les collaborateurs à utiliser un prompt est une chose, les aider à développer leur discernement, leur capacité à coopérer, à communiquer, à gérer leurs émotions et celles des autres ou à traverser des transformations rapides en est une autre.

Les deux sujets ne devraient probablement plus être pensés séparément.

IA et intelligence émotionnelle : deux apprentissages à mener ensemble

L’enjeu n’est pas d’opposer intelligence artificielle et intelligence humaine, il est plutôt d’apprendre à mieux répartir les rôles.

À l’IA, ce qu’elle peut nous aider à accélérer, analyser ou structurer.
À l’humain, la responsabilité, le discernement, la relation et la décision.

La transformation numérique qui s’annonce ne sera donc pas uniquement technologique, elle sera aussi humaine.

Et peut-être que les organisations qui sauront réellement tirer parti de l’IA seront celles qui, dans le même temps, auront compris l’importance d’investir dans les compétences que la technologie rend plus visibles que jamais : nos compétences émotionnelles et relationnelles.

Emilie Fortier et le chat GPT...

Informations et ressources

Podcast

Qu'est-ce que l'intelligence émotionnelle ? Comment la développer au quotidien ? - France Inter -  Le Mag de la vie quotidienne d'Ali Rebeih - 25.11.2025 

Avec : Christophe Haag, chercheur en psychologie sociale et Ilios Kotsou, philosophe, Chercheur en psychologie des émotions à l’Université libre de Bruxelles

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